IMAGES'02 cinéma

Vevey, 20 septembre - 6 octobre 2002



Méliès (et la BiFi)

Découvrez la BiFi (Paris) et la Bibliothèque du cinéphile de Ciné-regards, le magazine en ligne du patrimoine cinématographique qui présente notamment le dernier ouvrage paru sur Georges Méliès .

 Jacques MALTHETE
 Laurent MANNONI

 Méliès, magie et cinéma

 éd. Paris musées, 2002



Méliès ou le cinéma comme magie

Pendant quatre mois cette année, l'Espace EDF Electra a fait de l'ancienne usine électrique de l'impasse Récamier, dans le VIIe arrondissement de Paris, un véritable foyer Méliès. Une exposition, scénographiquement très concertée et lisible, organisée autour de quelques axes thématiques essentiels, déclinait de manière historique son titre, Méliès, magie et cinéma, pour aboutir à l'évocation du Voyage dans la lune, dont l'année 2002 marque le centenaire.

Cette manière spectaculaire de célébrer l'invention du cinéma prend un aspect moins éphémère sous la forme d'un catalogue. De fait, l'ouvrage homonyme publié à cette occasion n'a rien du catalogue à proprement parler, même si son illustration doit sa richesse à l'exceptionnelle réunion d'objets et de documents que présentait l'exposition.

Il s'agit d'un livre à plusieurs mains, un mode d'édition qui prédomine dans le domaine des études cinématographiques spécialisées auquel Méliès appartient, malgré la célébrité universelle et emblématique de son nom. En effet, à l'exception de la monographie de Sadoul et de la biographie de Madeleine Malthête-Méliès, parues l'une chez Seghers (1961), l'autre chez Hachette (1973), et plusieurs fois rééditées, tout ce qui s'écrit sur Méliès relève de la littérature savante, en France comme à l'étranger &endash; c'est-à-dire nulle part, pour le lecteur francophone. On saura gré à la bibliographie de Méliès, magie et cinéma de ne pas flatter l'incompétence linguistique de ce dernier et d'établir simplement l'état de ce qui s'est publié d'essentiel, un peu partout, sur le cinéaste.

Traduisant la volonté de fournir un outil de référence, ce souci se manifeste par d'autres éléments. En guise d'ouverture, une chronologie livre des informations précises sur la vie familiale et professionnelle de Méliès, et le lecteur trouvera à l'autre bout du livre une filmographie succincte, complète et à jour. A cet appareil, dont on verra, à l'usage, à quel point il est finement conçu, il ne manque qu'un index, comme fait défaut, par ailleurs, l'indication précieuse de la dimension des documents, reproduits dans une coloration que le visiteur de l'exposition pourrait trouver quelque peu discutable.

Ces dernières remarques sont à la mesure de l'ambition affichée par le livre. Elles n'altèrent toutefois en rien son caractère le plus remarquable, qui lui donne une accessibilité directe, à la manière d'un «beau livre», et qui le rattache dans une certaine mesure au fameux Georges Méliès Mage (1945), de Bessy et Lo Duca, devenu une rareté bibliophilique. C'est un album d'images, et la collection qu'il nous offre &endash; 272 illustrations en couleurs et en noir et blanc, de bonne taille &endash; instaure véritablement une connaissance visuelle extrafilmique de Méliès.

Cette iconographie est organisée en trois ensembles principaux : une imagerie comparée de la magie et du cinéma, Le Voyage dans la lune (sources et analogies, dessins préparatoires, photos de plateau et photogrammes, dessins tardifs), le poignant reportage rapporté par Henri Langlois et Lotte Eisner d'une visite des ruines du studio de Montreuil en 1945.

Spectaculaire, cette illustration n'en est pas moins fonctionnelle. Elle est associée aux textes et se propose comme document, échappant ainsi à la nostalgie ou à l'esthétisation qui affectent ces beaux livres qu'on offre aux fêtes.

Mais on peut faire confiance aux cinq auteurs dont il est temps de mentionner l'apport, Jacques Malthête et Laurent Mannoni, les deux commissaires de l'exposition, Christian Fechner, Thierry Lefebvre et Laurent Le Forestier. Le propos est historique, que l'on brosse l'histoire du théâtre Robert-Houdin ou que l'on mette en évidence les formes les plus pertinentes du précinéma, que l'on s'attache à des points d'érudition significatifs (les premiers appareils de Méliès, le studio A et B), que l'on tente une généalogie du Voyage dans la lune ou qu'on théorise le film à trucs.

Il n'y a pas lieu d'entrer ici dans le détail des exposés. Nous nous contenterons de souligner la cohérence de cette réunion de sujets, qui fait écho à la cohérence de l'exposition. De l'évocation du théâtre Robert-Houdin avant et pendant Méliès à la discussion de la nature du trucage cinématographique, en passant par la tradition de certains spectacles optiques, ces travaux illustrent un double mouvement, de continuité et d'innovation, dans les pratiques de la magie blanche de la scène à l'écran. Au point que l'on se prend à rêver d'une histoire de la magie qui inclurait le cinéma, plutôt que cette histoire du cinéma que nous connaissons, où la magie apparaît comme un instrument accessoire et temporaire.


Roland Cosandey, pour la Bibliothèque du cinéphile de Ciné-regards - © BiFi

 

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cr - 01.10.02