IMAGES'02 cinéma

Vevey, 20 septembre - 6 octobre 2002



Les Nouvelles

Cinéma de Chexbres : Les années Chevalley

Lorsque j'ai repris la programmation du cinéma de Chexbres, en 1970, j'avais essentiellement la pratique d'un membre de ciné-club, pas encore à l'affût des premières visions et des problèmes économiques que posait la gestion d'une petite salle.

Le fait que, dans le cadre de mon enseignement, je procédais à une initiation au septième art a incité les autorités communales à me demander de m'occuper du cinéma de la Grande Salle.

Il a fallu ingurgiter beaucoup de films et lire de nombreuses critiques pour ne sélectionner que peu d'œuvres. J'ai dû consacrer des heures de discussions aux représentants des firmes de distribution, et investir trois années d'efforts constants pour faire prévaloir mes conceptions.

Il y avait, à l'époque, un choix considérable de films sur le marché, si bien que mon problème consistait essentiellement à pouvoir montrer tous ceux que je désirais faire voir, dans le cadre d'une programmation très éclectique. J'ai d'abord projeté un film par semaine, les vendredi et samedi ; puis, dès 1973, j'ai introduit les projections du mercredi, passant au rythme de deux longs métrages par semaine, enfin, j'ai ajouté les séances du mardi.

La programmation a ainsi passé de 20 films projetés en 1970 au nombre de 40 en 71, et à plus de 80 en 1985 pour culminer à 85 films.

A partir de 1987, j'ai pu bénéficier d'un soutien très encourageant grâce à la création, due à Erik et Laurence Pache, de l'Association des Amis du cinéma de Chexbres.

Ce vaste choix de films à disposition m'a permis de procéder à une programmation thématique, soit en montrant à la suite plusieurs films du même réalisateur, soit en groupant certaines œuvres par genre, ou selon l'époque, soit en rendant hommage au cinéma d'un pays donné (cinéma tchèque, cinema novo brésilien, cinéma russe, cinémas du Moyen Orient, d'Afrique, de Scandinavie) et cinéma suisse. En tant qu'enseignant, j'ai aussi privilégié les films pour enfants.

J'ai pu collaborer avec des cinéastes vaudois, romands puis suisses alémaniques. Ainsi furent montrés, en leur présence, des courts, moyens et longs métrages de Marcel Leiser, Jean-François Amiguet, Marcel Schüpbach, Yves Yersin, Jacqueline Veuve, Claude Champion, Simon Edelstein, Bertrand van Effenterre, Frédéric Gonseth, Michel Soutter, Thomas Koerfer, Franz Rickenbach.

Je n'oublierai pas les mémorables apparitions de Freddy Buache, venu introduire entre autres "La Paloma" de Daniel Schmid, ou, dialoguer avec Patricia Moraz lors de la présentations de "Les Indiens sont encore loin" .

J'ai pu, de la sorte, instaurer "Le Mois du cinéma suisse" en 73, 75, 76, 83 et consacrer à cette production des projections consécutives de 4 films en 74, 79 et 80, de 6 films en 82.

On a pu voir, dans le cadre de cette programmation, des œuvres d'Alain Tanner, Francis Reusser, Rolf Lyssy, Peter Ammann, Peter von Gunten, Markus Imhof, Claude Goretta, Kurt Gloor, Elisabeth Gujer, C.Klopfenstein, Kurt Aeschbacher, Urs Egger, Pierre Smolik, B.Giger, Laura Simon, Max Haufler, Freddy Murer, Xavier Koller, Yvan Dalain et Henri Brandt.

L'effort a été porté, dès que possible, sur la qualité de la projection : l'ancien, unique et vieux projecteur, datant de 1928, a été remplacé par deux projecteurs équipés de lampes au xénon. On procéda à l'installation d'enceintes sonores Dolby A, puis Dolby S.R. et la galerie fut équipée de sièges d'aula. Le reste du mobilier étant l'affaire de la commune et des Sociétés locales.

Rien de tout cela n'aurait été possible sans l'aide de beaucoup de bénévoles, le dévouement des opérateurs, des caissiers et des caissières, des collaborateurs et collaboratrices qui tapent la documentation établie pour chaque film et assurent la présence à l'entrée de la Salle, sans l'appui chaleureux du fidèle public, qui a manifesté tant d'intérêt et de compréhension, instaurant ce climat convivial, amical, qui nous a récompensés bien au-delà de ce que l'on pouvait imaginer au départ.

Nous avons, tout au long de cette expérience, apprécié l'intérêt bienveillant de la Commune de Chexbres.

S'il était relativement facile, du moins durant les dix premières années, d'obtenir des films, il fut beaucoup plus difficile d'obtenir des garanties concernant les dates de passage. Il n'en demeure pas moins vrai que, à la faveur des tractations avec les distributeurs, même dans le cadre de relations de type commercial, la qualité des rapports humains demeura primordiale et essentielle, même si, plus la salle est petite, plus il faut se battre.

Je n'en dirai pas plus, car je me suis promis, bien qu'il y ait beaucoup à raconter de ne pas verser dans l'anecdote. Vingt ans de passion, vingt ans de remise en question, de lutte, de soucis, mais de bonheur à l'issue desquels le mot qui résume tout est "Merci à tous".

Je voudrais, pour terminer, rendre hommage à Otto Jenny, l'installateur d'appareils de cinéma, un artisan très cordial et sympathique, généreux, homme de métier exigeant, ingénieux et inventif, travailleur acharné, insatiable, toujours inspiré, à plus de 80 ans, par l'amour du métier et du cinéma, le goût de la recherche ; personnage fascinant avec qui j'ai passé des heures inoubliables dans la cabine. Il aurait fallu tourner un "Plan Fixe" sur lui.

Jean Chevalley

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cr - 02.07.02