IMAGES'02 cinéma

Vevey, 20 septembre - 6 octobre 2002



Les Nouvelles

Ces fenêtres ouvertes, au fond de la salle, sur le monde

Il fut un temps où les salles de cinéma s'imposaient à la rue, aujourd'hui elles ne marquent plus guère le paysage urbain. Devenus moins nombreux ou multipliés à l'intérieur de leurs propres murs, les lieux de ce divertissement populaire se sont rétractés ou se sont composés un masque anonyme.




Bataille d'affiches sur panneau veveysan, 1925

La façade comme ornement et comme signe, les photos montées sur carton qui déroulaient leur récit en vitrine, les affiches sur les murs de la ville ont disparu. S'ils s'offrent encore au regard, c'est avec une parcimonie inversement proportionnelle à la présence du cinéma sur d'autres sites, multimédiaux et virtuels, qui déclinent le matériel publicitaire de toujours - stars, actions, effets, émotions - dans des emballages nouveaux.

Ce temps de la présence palpable appartient à un passé que la majorité des spectateurs actuels ne connaissent pas. Pour le situer, disons que sa période glorieuse dura une cinquantaine d'année, entre 1920 et 1970. En général, on n'imagine pas qu'elle vint si tôt, c'est-à-dire une vingtaine d'années après le début du spectacle de cinéma. Comme on ignore que le long métrage de fiction, plat de résistance du menu cinématographique et produit justifiant qu'un lieu propre soit consacré à sa consommation, apparaît vers 1911 et s'impose déjà avant la Première guerre.

Ce bref exercice de chronologie n'est pas là pour cultiver la nostalgie qui colore en général le ton que l'on prend pour évoquer les cinémas de jadis ou de naguère. Le travail que vous avez sous les yeux ne s'y prête d'ailleurs pas et c'est un de ses mérites.

Des journalistes, des cinéphiles, des amateurs d'histoire locale, des historiens du cinéma ou de l'architecture, des étudiants enfin ont fourni leur lot de recherches sur les salles. Le plus souvent, le cadre est celui du chef-lieu (Bâle, Berne, Genève, Lausanne, Lucerne, Zurich), parfois le territoire est cantonal (Fribourg, Neuchâtel, Tessin). Si l'on nomme encore Bienne et Nyon, la liste doit être close. C'est une production inégale, rarement consultable sous une forme publiée, dispersée dans une presse éphémère par définition, dans des revues régionalistes épuisées ou des mémoires universitaires que les bibliothèques cantonales ne répertorient guère.

S'il a paru nécessaire de rendre accessible le travail de David von Kaenel, c'est qu'il présente des qualités que nous croyons pouvoir être appréciées par un cercle plus large que celui des utilisateurs spécialisés.

D'abord l'auteur aborde un territoire nouveau. Jamais encore une entité régionale du type de la "Riviera vaudoise" n'avait été étudiée dans ce domaine. Dans cette perspective, son histoire de l'exploitation cinématographique dresse une topographie inédite de la ville en fonction des lieux éphémères, intermittents ou permanents qui furent une fois ou qui demeurent des lieux fréquentés, pour certains par quatre générations d'habitants. A cet égard, les nombreux documents photographiques que sa recherche a mis au jour enrichissent autant la connaissance d'une profession que celle des bâtiments et de leur environnement.

Dans le même mouvement, il donne consistance aux "exploitants" et aux serviteurs de ce spectacle qui fut toujours, avant même son installation sédentaire dans toute l'Europe vers 1908-1910, un spectacle pour tous. Ici, un Hinterhauser, un Hipleh-Walt, un Moser, un Sassoli, pour ne citer que les plus importants, deviennent des agents identifiés. Leurs interventions, leur "politique", leurs problèmes, les conditions et les aléas de leur métier de marchands de spectacles hebdomadairement renouvelés prennent forme grâce à l'attention portée par l'auteur au quotidien de cette activité et à la manière dont elle s'inscrit dans la communauté.




Le personnel du cinéma Appolo, Montreux, 1933

Cette attention a entraîné l'exploration de sources très diverses, l'exploitation de multiples données dispersées et fragmentaires, pour aboutir à une construction systématique et cohérente riche d'une information largement inédite. Le soutien que l'auteur a reçu des archives locales et des administrations communales, ainsi que des personnes privées sollicitées à maintes reprises est largement payé de retour par ce résultat.

Première contribution à l'histoire culturelle, sociale et économique de la région envisagée sous l'angle d'un métier, d'un type de lieu et d'une forme de spectacle, ce travail est présenté aujourd'hui sous la forme la plus simple du CD-ROM. Par rapport à l'imprimé, on gagne ainsi une indexation automatique à volonté et la possibilité de livrer à bon compte le corpus le plus étendu de documents visuels. Tout en maintenant la forme d'exposition originelle, le texte gravé sur cette galette correspond à une version corrigée, revue et amplifiée du mémoire.

Le tableau synoptique qui accompagne le coffret du CD-ROM n'est pas un ornement. Il donne de l'ensemble étudié une vue cavalière et accompagne avantageusement la lecture. Prolongé jusqu'à aujourd'hui, il permet d'envisager d'un coup d'œil le développement linéaire et parallèle de ce demi-siècle de cinéma sur la Riviera. La couleur des lignes continues ou brisées confirment la justesse de l'approche régionale. Malgré une clientèle qui demeurait centripète et probablement piétonnière - à Vevey les Veveysans, à Montreux, les Montreusiens -, on voit que la proximité géographique entraîna rapidement les directeurs d'établissement à développer une présence dans les deux lieux, n'outrepassant qu'exceptionnellement le rayon d'action qu'ils dessinaient ainsi.

Amateur d'histoire locale, amateur de cinéma curieux des formes passées de son plaisir, le lecteur trouvera de quoi nourrir son intérêt dans ce foisonnement ordonné d'informations écrites et visuelles comme dans les développements plus synthétiques que l'auteur lui propose. Nous avons tenu à conserver les éléments jugés d'habitude encombrants pour le lecteur supposé ordinaire. C'est que nous ignorons bien qui est ce lecteur ordinaire et que nous considérons que ces prétendus encombrements (citations dûment identifiées, légendes précises, notes en bas de page, remarques méthodologiques, bibliographie, etc.), loin de constituer un obstacle aident à la transparence. Ils disent en sourdine que toute affirmation repose sur des sources, que toute source est susceptible d'être interprétée, bref que l'histoire n'est pas un miroir sans tain donnant directement sur le passé, mais une construction volontaire, discutable, souvent fragmentaire - et, en l'occurrence, l'auteur est le premier à reconnaître qu'il est loin de la reconstitution idéale dont il rêvait avant de se retrouver sur le chantier de ses fouilles.

Au demeurant, personne n'est contraint d'écouter ce murmure, si on s'accommode de l'illusion qu'on peut aller droit aux "faits". Maintenir ce qu'on appelle l'apparat critique est pour nous une manière de garantir à ce travail sa valeur de référence, c'est-à-dire la seule assurance pour un ouvrage d'histoire d'une certaine pérennité.




Cinéma Oriental, Vevey, sortie de La Ruée vers l'Or de Chaplin, 1926.
On trouvera un historique du lieu en allant sur le site de l' Oriental.

Nous tenons à remercier l'Association vaudoise des archivistes, le Département des infrastructures du canton de Vaud et la Fondation Vevey, Ville d'Images pour le soutien matériel accordé à cette édition, la première qui prenne cette forme en Suisse dans le domaine du cinéma.

La publication du travail de David von Kaenel est l'un des éléments formant en automne 2002 la manifestation veveysanne Images '02 cinéma.

Bulletin de commande.

RC, juin 2002


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cr - 25.06.02