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Fip Fop Club : de la légende à l'histoire Le Fip Fop est un club créé fin 1936 à La Tour-de-Peilz par Karl Lauterer, chef de publicité de la maison Nestlé, que les enfants de toute la Suisse apprirent vite à connaître sous le nom de Grand Parrain, qu'ils en portassent ou non à la boutonnière le "pin's" du club. Deux jumeaux en étaient l'emblème : Fip, la fille raisonnable, et Fop, le garçon espiègle. Ils avaient été dessinés par le fameux graphiste Hans Tomamichel en 1932 pour la réclame des chocolats Cailler et Kohler, sociétés qui avaient fusionné avec Nestlé en 1929.
Le Fip Fop fut une étonnante entreprise de marketing menée par Nestlé sur son marché - test, la Suisse. Elle s'adressait à une population exclusivement enfantine et associa des valeurs patriotiques et morales traditionnelles et des figures tutélaires majeures, comme le général Guisan et l'abbé Bovet, à une animation de la jeunesse dont la scène était l'écran de cinéma. En 1943, 50 000 Romands et 65 000 Suisses alémaniques assistaient aux deux séances de projection annuelles organisées dans les villes et les bourgs par le Fip Fop et poussaient le cri de ralliement du club. Ils avaient récolté les vignettes que l'on trouvait dans les plaques de chocolat et leur réunion était l'occasion pour Grand Parrain et Tante Juliette de présenter les derniers albums NPCK, de remettre des Médailles d'or aux recruteurs les plus efficaces et de solliciter lettres et dessins pour alimenter une publication mensuelle, Les Nouvelles du Fip Fop, qui tirait à 120 000 exemplaires en 1951.
Le Fip Fop semble avoir fonctionné sous cette forme jusqu'en 1956. C'était l'époque d'avant le téléviseur, le cinéma offrait peu d'occasions pour les enfants en âge scolaire, les images les plus familières étaient celles des livres et des revues illustrées. Les séances du Fip Fop restent d'autant plus mémorables. Interrogez autour de vous ceux qui sont nés entre 1930 et 1950. Vous les entendrez évoquer des lieux (qui n'étaient souvent pas des salles de cinéma, car les projections, faites en 16mm, investissaient d'autres espaces), des ambiances, des figures d'Oncle et de Tante, des numéros de clowns ou de marionnettes. Et bien évidemment des films, souvent les premiers que l'on pût voir étant enfant : Charlot ou Laurel et Hardy, tel documentaire animalier au titre oublié, telle contrée lointaine défilant en musique, une course-poursuite entre voleurs de chevaux et cow-boys... Le Fip Fop n'a jamais été sérieusement étudié, ni par ceux que devrait retenir cette conception publicitaire originale, ni par ceux que devrait intéresser la manière dont les générations successives découvrent et vivent le cinéma. Les lettres et les dessins qui affluèrent à Nestlé pendant près de vingt ans ont disparu, parce qu'ils étaient éliminés d'une année à l'autre. Très fragmentaires et peu systématiques, les quelques documents conservés par les Archives Historiques Nestlé à Vevey sont loin de permettre une appréhension aisée du phénomène. A l'inverse, le souvenir reste fort, teinté de l'émotion des expériences que l'on a faites dans l'enfance. L'histoire du Fip Fop pourrait donc encore être racontée par ceux qui l'ont vécue. Roland Cosandey Images '02 cinéma, Vevey
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Renseignements Fondation Vevey Ville d'Images |
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