IMAGES'02 cinéma

Vevey, 20 septembre - 6 octobre 2002



Les Nouvelles

Les actualités cinématographiques à l'échelle locale,
ou quand l'opérateur projetait ce qu'il avait filmé
(à propos de La Fête du Papegay à La Tour-de-Peilz, 1924)

 

L'actualité tournée par l'Oriental-Cinéma vient étoffer d'un document rare l'histoire de l'exploitation cinématographique sur la Riviera, sujet d'un mémoire de licence de l'Université de Lausanne (section Histoire et esthétique du cinéma) rédigé par David von Kaenel.
Cette étude, qui aborde pour la première fois en Suisse un ensemble régional de salles, des débuts de la projection cinématographique en 1896 jusqu'aux années 1950, sera publiée cet automne à l'occasion d'Images' 02 cinéma. Elle alimentera une exposition iconographique sur les cinémas de Vevey et de Montreux qui sera présentée sous la forme de panneaux disposés devant les salles encore en activité ou les lieux où étaient implantés un cinéma durant le premier demi-siècle précédent.


Pour mesurer l'intérêt cinématographique des brèves minutes retrouvées de La fête du Papegay à la Tour de Peilz 1924, outre leur valeur documentaire unique, il faut dire quelques mots sur l'histoire des actualités filmiques en Suisse.

On connaît l'existence du Ciné-journal suisse créé dans le cadre de la défense spirituelle nationale, soutenu par l'Etat, et qui dura jusqu'à l'imposition définitive de la télévision (1940-1975). On commence à mesurer ce que fut son prédécesseur, le Ciné-journal suisse produit par l'Office cinématographique de Lausanne, puis par AAP Genève (1923-1934), grâce aux travaux de Reto Kromer (Cinémathèque suisse), qui portent à la fois sur sa sauvegarde et sur son histoire (on en trouvera une liste de sujets dans l'index tiré à part de la Revue historique vaudoise 1996).
Par ailleurs, l'existence d'actualités à l'échelle régionale est attestée dès les années vingt par des films qui ont subsisté, comme par exemple quelques sujets de Friedli-Film, Zurich.
Dans un cas comme dans l'autre, il s'agit de produits loués aux salles de cinéma, production et diffusion étant dissociées, sinon sur le plan financier, du moins en matière d'entreprise et de compétence.
Précisons que le mot "actualités" ne renvoie pas nécessairement à la forme du ciné-journal, qui suppose une périodicité régulière et la réunion de divers sujets. Il s'applique plus généralement à toute "couverture" d'un événement jugé intéressant, à la manière du reportage de presse photographique ou écrit.

Il existe une autre modalité de l'actualité filmique, plus archaïque en ce sens qu'elle fut la première à être pratiquée, et qui connut plusieurs modalités et plusieurs manières de perdurer. Elle suppose réunies en une seule entité production et exploitation.
Depuis deux ou trois ans, la réalité d'une production suisse d'actualités locales liée à l'exploitation d'un cinéma trouve de plus en plus d'éléments de confirmation, soit par des sources secondaires (presse locale et presse corporative), soit par l'identification de films conservés, comme La fête du Papegay à la Tour de Peilz 1924, sujet réalisé pour l'Oriental Journal, émanation du Cinéma Oriental à Vevey.

Dans un cas au moins, cette catégorie d'actualités cinématographiques connut une extension particulière : à Lausanne, avec le Cinéac de Charles Brönimann (1897-1967), une production qui dut sa longévité (1938-1968) à l'adoption du format sub-standard 16mm. muet, pour le tournage comme pour la projection, et à une sonorisation musicale effectuée par disque enclenché lors de la projection.
Mais à la fin des années 30, alors qu'il n'est de film que sonore, le Cinéac est une résurgence tardive du phénomène que nous considérons ici. Celui-ci apparut trente ans plus tôt, dès la sédentarisation du spectacle de cinéma, une évolution accompagnée de la création d'un genre nouveau par les grandes maisons de production : le ciné-journal (Pathé : mars 1909 ; Gaumont : novembre 1910). Leur édition était hebdomadaire, selon une périodicité correspondant à celle du changement usuel de l'affiche des salles.
Les traces connues de cette production locale se rattachent à quelques noms. Pour la période antérieure à 1914, citons Albert Roth de Markus, à Lausanne (Lumen), Jean Speck à Zurich (Orient, etc.), Aldo Bianchetti à La Chaux-de-Fonds (Palace), les Rosenthal à Bâle (Fata Morgana). Pour les années vingt, le cas le mieux documenté par des films préservés est celui de Willy Leuzinger un exploitant actif en Suisse orientale qui fut à la fois tourneur et créateur de salles.

Si certaine des salles qui inaugurèrent la permanence du spectacle de cinéma réalisaient leurs propres actualités, selon une fréquence et une thématique dont nous savons encore peu de choses, elles n'inventaient rien en offrant ce complément de programme à leur clientèle.
En effet, cette production reconduisait la pratique des vues locales menée par les ambulants dès 1896, soit dès la première année de diffusion générale du cinéma (Lavanchy-Clarke et son équipement Lumière ; l'anonyme usager des films du Fonds Joly-Normandin). Elle fut naturellement développée par les forains après 1900, quand leur "métier" cinématographique prit l'importance que l'on sait (Georges Hipleh-Walt, Louis Praiss, Jean Weber-Clément, etc.).
Par contre, des nuances importantes pourraient être trouvées dans le répertoire. Les forains semblent avoir privilégié des sujets de portée nationale qui garantissent une attractivité durable sur un large territoire (Tir fédéral, fêtes cantonales de gymnastique, Festspiele, grandes manœuvres, etc.), alors que les salles, agissant dans un rayon restreint, allaient retenir des événements dont l'un des facteurs d'intérêt était la proximité liant à la familiarité des sujets la possibilité d'une reconnaissance des protagonistes par le public.
Cette production fut apparemment assez sporadique, mais la remarque doit être considérée avec prudence, vu la pauvreté de notre information (la filmographie neuchâteloise établie par Caroline Neeser, responsable du département audiovisuel de la bibliothèque de la ville de la Chaux-de-Fonds, fait apparaître un remarquable ensemble de ces films).
Sauf exception, ces actualités disparaîtront des salles dès que le cinéma cessera d'être muet et que l'enregistrement sonore posera des problèmes techniques et financiers insurmontables à cette échelle, voire même à l'échelle d'un ciné-journal national produit sans soutien étatique pour un marché aux les dimensions restreintes de la Suisse. Le 16mm., dès les années 30, en reconduira autrement la pratique, comme en témoigne par exemple l'activité du photographe glaronais Hans Jakob Schönwetter.

Rappelons enfin qu'au moment où l'Oriental Journal filmait la fête du papegay, l'Office cinématographique suisse de Lausanne éditait depuis le 15 septembre 1923 le Ciné-journal suisse, premier du nom, et le diffusait dans les salles du pays, sans que l'on sache encore combien d'entre elles y étaient abonnées.


Une découverte : La fête du Papegay à la Tour de Peilz 1924



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