IMAGES'02 cinéma

Vevey, 20 septembre - 6 octobre 2002



Les Nouvelles

Une découverte : La fête du Papegay à la Tour de Peilz 1924

Le titre est un peu exagéré. En fait, nous n'avons rien trouvé. La copie était posée là, non point oubliée ni ignorée, mais en attente d'une conjoncture favorable, de l'opportunité de manifester son existence. Elle vient d'être déposée à la Cinémathèque suisse par son propriétaire, pour conservation, réparation et duplication. Ce parcours parcouru, ses images resurgiront sur l'écran à l'occasion d'Images '02 cinéma, cet automne.

On lira ici le rapport qui en accompagne le versement en archives et qui pose les premiers éléments documentant cette petite bobine de 1924. On peut rêver à d'autres trouvailles, d'autant plus que les mentions de tournage ne manquent pas dans la presse locale!

La pellicule

Copie 35mm, métrage pas encore déterminé, noir & blanc, nitrate, intertitres français.
1 carton de titre, 2 intertitres, 1 carton de fin français et allemand.
Amorce brune avec estampille du numéro 4902, précédé et suivi de dix points estampillés faisant croix.
Deux inscriptions répétées en marge de la pellicule :
- Pathé Cinéma France
- C. I. F.

Production : Oriental Journal Vevey.
Réalisation : par hypothèse, Emile Hinterhauser, propriétaire et exploitant du Cinéma Oriental, Vevey, ou un opérateur de la salle.
Tournage : jeudi de l'Ascension 29 mai 1924.

Copie trouvée par M. Edouard Curchod, photographe, Vevey dans un lot de documents photographiques récupéré en 1983 ou 1984, chez Arnold Gétaz, retraité, ancien rédacteur en chef de la Feuille d'avis de Vevey, fils d'Emile Gétaz qui était vice-président de l'Abbaye des Mousquetaires lors de la célébration de 1924.

Pellicule souple, pas d'indices olfactifs ou visuels de décomposition, retrait probable, collures assez grossières, perforations déchirées localement, 4 photogrammes déchirés sur un des côtés après le 2ème intertitre, 32 photogrammes déchirés sur un des côtés (image entamée) au 5ème plan après le 2ème intertitre, tirage présentant des variations dans le même plan.



Copie


Titre de début, dans cadre rectangulaire
La fête du Papegay à la Tour de Peilz 1924

Exclusivité et prises de vues :
Oriental Journal Vevey

Suivi du premier intertitre
La présentation du drapeau des Mousquetaires

Exclusivité et prises de vues :
Oriental Journal Vevey

1 plan

deuxième intertitre
Le cortège

Exclusivité et prises de vues :
Oriental Journal Vevey

7 plans

Carton de fin
Fin Ende

Contenu

Présentation du drapeau (préau du collège), cortège, fanfare (L'Instrumentale, dir. Kocher), vue de la foule, char avec les prix, dont une soupière, pont de danse et couple dansant (Verger de la Ville).


Pont de danse et couple dansant

Le film pourrait être complet. Il manque peut-être un carton d'intertitre annonçant le bal, mais ce n'est qu'une supposition.

Echos

La fête : «Le "Papegay", la fête annnuelle de la vénérable "Société des Mousquetaires", revêtait cette année un caractère particulier, attendu que cette "abbaye" existe depuis 350 ans, soit dès 1574.» FAV, ve 30 mai 1924, p. 7.

Le film : «L'Oriental-Journal présente cette semaine le film très bien réussi de la Fête du Papegay 1924 à La Tour de Peilz.» FAV, je 12 juin 1924, p. 3 (dans l'encart publicitaire hebdomadaire du programme de l'Oriental).

«La fête du "Papegay" intéressera tous les habitants de La Tour. Dans les actualités, il faut citer entre autres le combat des "reines" à Martigny.» FAV, sa 14 juin 1924, p. 7 (dans la critique des films).





Compléments

Cinéma Oriental

Ex oriente lux : sis rue d'Italie 22, à l'est de Vevey, le Cinéma Oriental (1922-1977) est alors en exploitation depuis deux ans. Il appartient à Emile Hinterhauser, photographe de formation (1894-1971). Pendant les années vingt, l'Oriental fut la plus active et la plus riche en programme des trois salles de la ville.

Un historique de la salle, aujourd'hui gérée par l'association Oriental-Vevey, peut être lu en visitant http://www.orientalvevey.ch.

En compulsant l'année 1924 de la Feuille d'avis de Vevey (FAV), nous avons constaté que l'Oriental proposait chaque semaine les actualités de l'Oriental-Journal.

L'Oriental




La camera


Oriental Journal

Dès janvier 1924, Hinterhauser fit paraître une revue mensuelle de quatre pages, l'Oriental Journal, dont les douze numéros de la première année (y en a-t-il eu d'autres?) sont conservés à la Cinémathèque suisse.

La livraison no 7, juillet 1924, signalait que l'Oriental Journal "s'occupe de toutes sortes de prises de vues, sports, industrie, vues nature".

La fête du Papegay à la Tour de Peilz 1924 semble être à ce jour le seul vestige identifié du ciné-journal homonyme, dont on ignore encore s'il était entièrement auto-produit ou s'il intégrait des sujets achetés à d'autres producteurs ou opérateurs. En 1924, les deux autres salles en activité à Vevey, le Lux et le Sélect, présentaient également des actualités, Kineto et Ciné-journal suisse au Sélect.

Un document un peu plus tardif semble attester qu'à certaines occasions la caméra de prise de vues pouvait avoir été mise à contribution ultérieurement. Il s'agit d'une photographie appartenant à une série de négatifs sur plaque de verre documentant la transformation de l'Oriental en 1928. On y voit une caméra Pathé (?) flanquée d'un opérateur actionnant ostensiblement la manivelle (Archives Cinérive, Vevey, reproduction in Art & Architecture en Suisse (Berne) no 3, 1996 : 308).

Cette activité vaut l'attention soutenue du rédacteur anonyme de la Feuille d'avis de Vevey chargé de la rubrique "A travers les cinémas". Prenons son article du samedi 7 juin 1924, qui commente le nouveau programme hebdomadaire, inauguré comme d'habitude le jeudi. Le chroniqueur évoque La Croisière blanche, film documentaire sur l'exploration de l'Alaska, montré aux élèves des écoles de Vevey (au Lux, en déduit-on) : "Ce film, plus suggestif que toutes les descriptions polaires, donne de l'Alaska une monographie aussi pittoresque que complète.(…) Qui prétendra, après avoir vu La Croisière blanche que le cinéma n'a pas de valeur pédagogique ?". Et dans le même article, après avoir décrit Bêtes… comme les hommes (1923), un film d'Alfred Machin montré par l'Oriental, et signalé dans le même programme Susanna (1923) avec Mabel Normand, il n'omet pas de rappeler " les documentaires toujours si appréciés de l'Oriental Journal."

Pour plus de détail sur l'histoire des salles de cinéma de la Riviera, on attendra de lire la monographie de Daniel von Kaenel qui paraîtra cet automne à l'occasion d'Images '02 cinéma.


Cette fête-là

Au lendemain de la célébration, la Feuille d'avis de Vevey rendit compte en détail de la fête du Papegay de 1924. Si cette relation permet de localiser les images du film et peut-être d'identifier certaines personnes, on n'oubliera pas qu'elle est aussi, au même titre que le film, une représentation de la manifestation.

Voici pour nous les éléments les plus utiles de l'article. Les tirs avaient eu lieu la veille, mercredi 28 mai. Nous sommes le lendemain, jour de l'Ascension :

"Par un rutilant soleil, le cortège s'est organisé dans le préau du collège. Après la sortie des drapeaux et les honneurs rendus, ce fut le vice-président, M. E[mile] Gétaz, qui dut remettre la plaque officielle au roi du tir qui, cette année, se trouvait être le président, M. Louis[-Henri] Bény. (…) Musique en tête - la bonne fanfare de l'"Instrumentale" conduite par son excellent directeur, M. Kocher - le cortège défila en ville avec vingt-quatre demoiselles d'honneur aux fraîches toilettes, les unes en seyant costume vaudois, qui portaient les corbeilles fleuries où scintillaient les prix d'étain et autres. La parade aboutit, selon la coutume, au Verger de la Ville, cet endroit frais et pittoresque où le vieux château fait un fond sévère, mais où le port, avec sa gaie animation et le cadre majestueux des montagnes, charme les regards et forme le plus harmonieux des décors."

C'est dans le Verger de la ville que se déroule ensuite la partie officielle du jubilé : proclamation, historique de la Société des Mousquetaires brossé par E. Gétaz à partir des manuaux, salut aux trois bannières (1754, 1851, 1897), remise d'un gobelet en étain à chaque membre, "avec plaquette aux armes de la Société, portant les dates 1574-1924", distribution du "franc pour la parade" à tous les participants du cortège.

Après l'Hymne vaudois par l'"Instrumentale", hommage est rendu aux doyens, le plus vieux des assistants, Jean-Louis Samuel Tornier (1850), recevant un bouquet de fleurs.

Vient une collation à laquelle les autorités municipales sont conviées, "… puis le bal commença. Ce fut, dans ce pittoresque verger de la ville, la plus familiale et la plus familière des animations. "

(" La Tour-de-Peilz. Les "Mousquetaires" fêtent un 350me anniversaire", FAV, ve 30 mai 1924, pp. 7-8)




Les abbayes

Dans le canton de Vaud, les abbayes sont des communautés patriotiques de tir dont l'origine remonte à l'époque savoyarde. Le nom de la fête qui donne son titre au reportage cinématographique de l'Oriental Journal provient du papagay, "ce perroquet bariolé, en bois renforcé de fers, perché tout en haut d'un mât (…), qui servait de cible traditionnelle aux tireurs à l'arc, à l'arbalète et à l'arquebuse." (Fiechter 1991 : 19).

C'est le nom qu'a conservé la célébration organisée tous les deux ans par l'Abbaye des Mousquetaires de La Tour-de-Peilz, "l'une des plus anciennes abbayes vaudoises (…) puisqu'elle date du 15 mai 1574, bien qu'il semble qu'elle ait déjà existé antérieurement, sous les ducs de Savoie, sous une forme que les documents anciens n'ont malheureusement pas retenues."

(…)

"Au cours de son histoire, la société aurait eu quatre bannières successives, dont le dernier drapeau date du 400ème anniversaire de 1974. Habituellement le tir et la parade ont lieu le jour de l'Ascension. A cette occasion le complet foncé est souhaité, ainsi que le port de la cocarde officielle obligatoire. Les tirs ont lieu à 300 mètres et le classement pour la cible "Abbaye" et pour le titre de "roi" est fait au coup centré. Outre le roi qui reçoit généralement une soupière en étain, les prix communs pour tous consistent en objets en nature, de valeur dégressive. Seul le roi est couronné sous la forme d'une plaquette dite "Plaquette du Roy". Notons enfin que la société eut plusieurs devises au cours des âges : "Soyons soldats chrétiens", "Dieu est ma Tour et ma Forteresse" (devise de la ville), les deux premières devises étant les actuelles."

(Charles Kraege, "Abbaye des Mousquetaires de La Tour-de-Peilz" in : Fiechter 1991 : 184).

Sources

Jean-Jacques Fiechter, Les Abbayes vaudoises, Cabédita, Yens sur Morges, 1991, ("Archives vivantes"), p. 184.

Paul Hugger, "Le tir et les abbayes", in : Encyclopédie illustrée du Pays de Vaud, 24 Heures, Lausanne, 1984, t.11, pp. 194-209.


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