Eva Leitolf

Allemagne - 1966
18 Mar - 02 Mai 2015

Née en 1966 en Allemagne, Eva Leitolf est diplomée du California Institute of the Arts. Son travail a entre autres été exposé à la Pinakothek der Moderne à Munich, au Rijksmuseum d’Amsterdam ou à la Wallach Art Gallery in New York. Elle est également intervenante régulière dans des écoles d’arts et des universités internationales, notamment à l’Ecole de photographie de Vevey. Postcards from Europe 03/13, la première partie de sa recherche, a été publié en 2013 aux éditions Kehrer (Berlin).

LEITOLF-PfE0238-ES-190109-P_light

Playa de Los Lances, Tarifa, Espagne, 2009 Le 1er novembre 1988, lors d’une violente tempête, un navire avec 23 immigrants marocains à bord sombre au large de Tarifa. Les corps de dix noyés sont rejetés sur la plage de Los Lances. Quatre personnes survivent et neuf sont portées disparues. Le 15 septembre 1997, un navire avec plus de trente personnes à bord coule à proximité de Tarifa. Quatorze cadavres sont retrouvés sur la plage de Los Lances. Six migrants survivent et un nombre indéterminé de personnes reste porté disparu. El País, 2.11.1988 et 16.9.1997; Diario de León, 9.10.2002

POSTCARDS FROM EUROPE 03/15

Travail tiré de l’archive en construction

Dans cette série en cours depuis 2006, Eva Leitolf examine comment les sociétés européennes se relient aux frontières extérieures de l’Union européenne et se représentent les conflits internes qui y sont associés. Conçu comme un travail de recherche sur le long terme, cette archive ne se concentre pas sur la souffrance des migrants, un thème qui a déjà été largement documenté, mais sur les structures et les procédures avec lesquelles les Etats européens répondent, traitent et administrent les phénomènes migratoires et sur les mesures mises en place pour contrôler les frontières extérieures de l’Union. Combinant images et textes, l’artiste explore la tension entre ce qui peut être vu et ce qui est laissé à l’imagination, testant ainsi les possibilités et les limites de la représentation visuelle. La méthode d’Eva Leitolf remet en cause l’idée que la photographie est universellement compréhensible, sans aucune connaissance préalable ni information sur le contexte dans laquelle une image a été prise. Elle questionne également la manière dont les medias témoignent du sort des réfugiés aujourd’hui. Eva Leitolf évite résolument le choc de la violence et poursuit plutôt une photographie qui ignore soigneusement les codes médiatiques et évite l’instrumentalisation des émotions.

En 2011, Eva Leitolf a participé au Grand Prix international de photographie de Vevey organisé par le Festival Images.

LEITOLF-PfE3456-IT-281012-P_light

Palazzo Selam, Rome, Italie, 2012 Novembre 2012 : 835 réfugiés en provenance de Somalie, d’Érythrée, d’Éthiopie et du Soudan, vivent dans un ancien bâtiment de l’université de Rome occupé depuis 2006. Des médecins volontaires de l’organisation Cittadini del Mondo soignent ces occupants tolérés par les autorités de la ville et constatent régulièrement l’apparition de maladies imputables aux conditions sanitaires. À Rome, d’après les chiffres de la fondation Integra/Azione, 6’000 réfugiés sont privés de toit. Sur les 3’150 places disponibles au niveau national, la ville n’en met que 2’200 à disposition. En 2011 déjà, l’avocat d’un requérant d’asile somalien en Allemagne suggère que les autorités italiennes tentent, au moyen d’une stratégie délibérée de paupérisation, de disperser les réfugiés dans d’autres états de l’Union européenne. Le 2 juillet 2012, le tribunal administratif de Stuttgart statue qu’une famille palestinienne ne doit pas être transférée en Italie, car les manquements systématiques dans les procédures d’asile la menacent de traitement inhumain. Malgré les manquements constatés, l’office pour la migration et les réfugiés souhaite poursuivre cette pratique de renvoi vers l’Italie, où les procédures d’asile répondent aux standards de l’Union européenne. Pro Asyl, The Living Conditions of Refugees in Italy, février 2011; Süddeutsche Zeitung, 9.5.2011; Tribunal administratif de Stuttgart, communiqué de presse du 12.7.2012 (A 7 K 1877/12); Spiegel Online, 13.7.2012; The New York Times, 26.12.2012; page d’accueil de Cittadini del Mondo, 31.12.2012

 

LEITOLF-PfE0482-IT-270110-O_light

Verger, Rosarno, Italien 2010 Pour un kilo d’oranges Moro ou Navel, en janvier 2010, les agriculteurs de Calabre reçoivent cinq centimes d’euro. Ils payent à leur tour les travailleurs saisonniers d’Afrique ou d’Europe de l’Est entre 20 et 25 euros par jour. Selon la variété, un travailleur cueille quotidiennement de 400 à 700 kilos d’oranges. Nombreux sont les agriculteurs qui abandonnent la culture des oranges, ne pouvant plus subvenir à leurs besoins. Durant la saison de la récolte, de quatre à cinq mille immigrés vivent à Rosarno et aux alentours, la plupart dans des bâtiments délabrés ou sous des abris de fortune en plastique, sans eau courante ni sanitaires. Le 7 janvier 2010, des jeunes gens tirent à l’arme à air comprimé sur des cueilleurs d’oranges noirs et en blessent deux. Une manifestation de travailleurs en réaction à cet incident provoque des dommages matériels et de violents heurts avec la population locale. Les deux jours suivants, plusieurs habitations de saisonniers sont mises à feu. Des centaines de personnes fuient face aux les citoyens en colère, ou craignant une expulsion par les autorités. Le 9 janvier 2010, c’est sous surveillance policière et sous les applaudissements que 800 immigrés noirs quittent la ville dans des bus, vers des hébergements d’urgence à Crotone et Bari. A Season in Hell: MSF Report on the Conditions of Migrants Employed in the Agricultural Sector in Southern Italy, janvier 2008; tagesschau.de, 10.1.2010; entretiens avec des cultivateurs d’oranges et des saisonniers, Rosarno, 27. −29.1.2010