Musique et cinéma

Musiques d’écran : les partitions de la Ciné-Collection Piasio, musée Neuhaus (Bienne)

Le musée Neuhaus à Bienne conserve dans la Ciné-Collection Piasio un fonds de partitions liées à l’activité des cinémas biennois Tivoli et Metropol pendant la période d’exploitation assurée par la famille Schrimpf, et plus particulièrement durant l’époque du muet.
Ces documents furent récupérés à la fin des années 1980 à Bienne, dans la maison des Schrimpf, par M. William Piasio et Mme Béatrice Staub.
Une partie est stockée en réserve, l’autre est exposée au public sous une forme remarquable. Il s’agit d’un meuble contenant le « Musik Repertoire fuer Cinema Tivoli. 5 », vestige peut-être d’un mobilier de rangement plus nombreux.

Tivoli, rue du Marché 26, cinéma aménagé dans l’immeuble de la Brasserie Tivoli par R. Moser, architecte, p. de c. 10. XI. 1911. Roxy 1943-1968.
Ouverture : actif probablement dès 1912.
Fermeture : 1968 (Roxy)
Premier exploitant 1912 ( ?) – 1916 ( ?) : A. Schindler.
Deuxième exploitant, milieu des années 10 (1916 ?) –milieu des années 30 : Anita Schrimpf et son fils Edgar.

Metropol, rue de Nidau 27, architectes Friedrich Moser et Wilhelm Schürch, Bienne, p. d. c. 10. XI. 1925
Ouverture :
Fermeture : 1986.
Première exploitant : ?
Deuxième exploitant, 1929 - 1936 : Anita Schrimpf et son fils Edgar.

Comme l’atteste le programme du 9 au 15 septembre 1915 exposé au Musée Neuhaus (1 feuillet, reproduction), le Cinéma Tivoli employait à cette date un « grand orchestre », dont ni la direction ni la composition ne sont spécifiées. Selon Piasio 1991 (p. 25), Mme Schrimpf constitua un petit ensemble dont firent partie les pianistes Cortesi et Larini (ce dernier sera le chef d’orchestre du Capitole, salle de 1200 places inaugurée le 6. XII. 1929, à la veille de l’arrivée du sonore), le violoncelliste Schneeberger, le violoniste Ugo Foscolo. Ce dernier était diplômé de l’Istituto musicale Giuseppe Verdi de Turin en 1917, selon la copie du diplôme exposée au Musée.


Un examen rapide du fonds, mené le 3 mars 2003, a permis d’établir les éléments suivants :

- ce meuble à six compartiments et son contenu – quelque 250 partitions imprimées – forment un tout conforme à l’état original du rangement ;
- l’ensemble appartint aux cinémas Tivoli et Métropole ; le chiffre 5 correspond peut-être à la numérotation du mobilier de rangement ;
- le fonds conservé dans le meuble et en réserve compte grosso modo entre 400 et 600 partitions ;
- la très grande majorité de ces partitions est faite de réductions éditées pour petit orchestre, une petite minorité comprend des incidentaux préparés spécialement pour le cinéma ;
- outre le nom de Foscolo, auquel au moins une partition est dédicacée, apparaissent ceux de Calligari et d’Engelberg (sic ?), en inscription manuscrite.
- qu’une partition au moins est manuscrite et semble pouvoir être attribuée à Ugo Foscolo, Pot – Pourri nell’Opera Tosca di G. Puccini.
- une des pièces les plus importantes du fonds est constituée d’un registre faisant l’inventaire des partitions du Cinéma Metropol en date du 31 octobre 1929.


Un tel fonds de partitions est, à notre connaissance, unique en Suisse. Il ne l’est pas en raison des partitions elles-mêmes, dont l’existence générale est largement documentée par les catalogues de vente des éditeurs de musique, mais par leur association matérielle avec une exploitation cinématographique identifiable.
Durant le muet, en gros de 1896 à 1930, le spectacle de cinéma fut toujours associé à une intervention de la musique d’accompagnement, selon des modalités qui varièrent en fonction de la forme de l’exploitation (foraine ou sédentaire) et de l’importance de la salle. Dès leur établissement permanent, entre 1907 et 1914, les salles de cinéma eurent souvent des fonctions complémentaires, voire une polyvalence régulière, qui supposent également l’apport de la musique (concerts, variétés, etc.).
On voit donc ce que l’étude d'un tel fonds suppose d’approfondir, en complément de ce que nous savons de l’histoire des salles de cinéma biennoises (voir Piasio 1991, Cosandey 1996) : architecture, fonction, programme et personnel, autant d’aspects formant un tout qu’il serait réducteur de cloisonner.
La première démarche à entreprendre est évidemment l’établissement d’un inventaire détaillé du fonds de partitions et de vérifier la relation entre le registre de 1929 et les éléments conservés.

Roland Cosandey


Sources

Musik Repertoire für Cinema Tivoli, 5. Meuble de rangement et partitions, Cinéma Tivoli, Bienne (Mme Anita Schrimpf), 1916-1929. Musée Neuhaus, Bienne, Ciné-Collection Piasio, en exposition.

Musik Cinema Metropol. Musik Inventar vom 31. Okt. 1929. Registre contenant un inventaire manuscrit de partitions, Cinéma Metropol, Bienne (Mme Anita Schrimpf), 1929. Musée Neuhaus, Bienne, Ciné-Collection Piasio, en réserve.


Table des matières du registre de 1929

Marches
Valse
Valse lente et boston
Opérette
Genres (Karackterstücke, Lieder, Gavotten und Romancen)
Fox Trot und Schimmy
One-step, Two-step und Intermezzi
Fantasie. Ouverturen
Opern, Potpourri und klassische Musik


Bibliographie

William Piasio, « Les pionniers biennois du cinéma. Petit historique des principaux cinémas biennois 1897-1930, Annales biennoises, 1991, pp. 20-32.

Roland Cosandey, « Des murs autour d’une toile. Biblio-filmographie des salles de cinéma en Suisse », Art et Architecture en Suisse (Berne), no 3, 1996, pp. 313-225.



Nos remerciements à M. Pietro Scandola, directeur, et à Mme Béatrice Beatrice Staub Hähnle, technicienne de collection, Musée Neuhaus, Bienne.

Musée Neuhaus, Schüsspromenade 26, 2502 Bienne, 032 328 70 30.